Small is beautiful : la revanche des TPE du tourisme ? par JL Dufrenne


Nous sommes majoritairement des TTPE (Très très petites entreprises), C’est peut être une chance, non ?

Notre filière des opérateurs de voyages et plus précisément des AGENCES DE VOYAGES (unique objet de cet article) est forcément contrainte, au nom des problématiques globales récurrentes, de s’adresser au plus grand nombre.

C’est ainsi que nous évoquons chaque jour les sujets : les nouvelles contraintes de règlement IATA et notamment le BSP, les relations avec les CSE, la politique RSE, l’actualisation de la grille des salaires, les entretiens annuels, l’application du règlement RGPD, la parité homme-femme , le partage de valeur, l’optimisation fiscale, l’intégration de l’IA au sein de son entreprise, etc…. (la liste est inépuisable).

Soyons clairs : tous ces sujets sont éminemment importants et peuvent, à différentes strates de la vie de l’agence de voyages générer de problèmes importants s’ils ne sont pris en considération.

Mais ils concernent surtout une infime part de nos entreprises et il est essentiel ici, de rappeler quelques chiffres fondamentaux  (sources diverses et volontairement évaluées dans les grandes masses) :
Sur les 4000 agences de voyages en France (sièges sociaux*), 90 % sont des entreprises de moins de 10 salariés dont 70 % moins de 2 salariés *il convient d’ajouter à ces 4000 sièges sociaux environ 2 600 succursales détenues par 630 des 4 000 sièges sociaux.

A eux seuls, ces quelques chiffres fixent à nouveau ici la réalité de notre métier : une concentration majoritaire de TTPE (TRES TRES PETITES ENTREPRISES).

Si on voulait pousser encore un peu plus loin l’exercice, on peut affirmer que plus de
60 % des agences de voyages en France ont 1 ou 2 salariés, dont 70% de femmes, constituées pour 65 % d’entre elles en SARL et dont 40% ont moins de 30 ans.

Ces mêmes agences réalisent un volume d’affaires annuel maximum de 2 M€ (composé de 1/3 distribution/assemblage, 1/3 vols secs, 15 % revente TO).

Cette « photographie » (volontairement approximative) permet néanmoins de créer
un déclic (c’est le but recherché ici) pour se poser quelques questions :

Le discours des organismes professionnels est il bien adapté à cette cible ?

Acteur historique fortement impliqué depuis plus de 25 ans au sein de nos instances, je peux humblement affirmer que nous avons des efforts à faire .

Nous avons, évidemment, de très bonnes raisons d’appréhender les lourds sujets de la profession qui, bien entendu, impactent directement les agences de voyages les plus importantes mais dont les résultats obtenus peuvent aussi, par phénomène de ruissellement, bénéficier aux plus petites dont nous parlons ici.

De manière plus affinée, il conviendrait néanmoins de mettre en place des actions spécifiques parfaitement adaptées à ce que je qualifie de TTPE.

Il est évident que Martine, qui a créé son agence de voyages il y a 35 ans dans une ville moyenne du sud est de le France, qui est devenue LA référente du voyage dans sa ville, qui a peut être employé depuis 20 ans une collaboratrice avec qui la complicité a toujours été de mise et qui maintient, bon an mal an, une activité saine et dégage un résultat de 10 000 € n’a pas les mêmes problématiques que l’agence de voyages de 150 salariés, disposant de son propre mini-réseau d’une trentaine de salariés, de deux plateaux d’affaires et d’un département « production maison ».

Et pourtant, les deux entreprises font le MEME métier, sont bien rattachés au code NAF 7911Z et doivent répondre aux mêmes exigences administratives, juridiques et fiscales.

Il y a forcément un discours qu’il convient d’adapter pour la TTPE.

Mon approche pragmatique consisterait à lister en 3 grandes catégories sa gestion :

– CE QUE LA TTPE doit absolument faire (socle minimal);

– CE QUE LA TTPE peut faire « en plus » si cela représente un intérêt complémentaire pour l’entreprise;

– CE QUE LA TTPE peut se permettre de ……..remettre à plus tard 

Dans toutes nos interventions, analyses, études, il serait désormais pertinent de consacrer une partie du propos à la TTPE !

Pourquoi les TTPE résistent elles dans notre environnement malmené ? La réponse est évidente et partagée par vous tous :

Nous avons affaire à :
– des « passionnés avec une notion réelle du service chevillée au corps (on ne laissera jamais un client livré à lui-même à l’autre bout du monde);

– une reconnaissance de l’expertise dans sa zone géographique (« elle nous fait voyager depuis plus de 30 ans , on a entièrement confiance !);

– une capacité d’adaptation exemplaire (pour les plus anciens : ils ont débuté avec L’ABC aérien, on en est aujourd’hui à l’IA après avoir exploité, télex, transpac,fax, minitel, Gds, …..);

– une soif permanente d’apprendre, de se mettre à niveau, de défricher de nouvelles destinations (eductour, voyages perso,..);

– des exigences salariales « mesurées (on fait rarement ce métier parce que l’on veut faire fortune, on le fait parce qu’il instille en nous comme un élément essentiel de notre équilibre).

– un écosystème (EDV, APST, Réseaux divers,…) qui favorisent les nombreuses rencontres tout au long de la carrière et contribuent au risque d’isolement.

On dénombre aussi bon nombre de gérants de TTPE qui ont eu l’intelligence, en début de carrière, de faire l’acquisition de leur local commercial et qui bénéficient désormais, grâce au loyer versé par l’entreprise, d’ un complément de salaire bienvenu.

Enfin, une réelle AGILITE de ces TTPE qui leur permet de faire face quasiment à toutes les crises. Si une baisse de recettes est constatée, le gérant de TTPE, souvent en statut TNS, adapte ses revenus et vit sur ses réserves.

Beaucoup ont aussi l’intelligence, quand le soleil brille davantage, de mettre de côté quelques réserves dans lesquelles elles peuvent puiser

Les TTPE sont elles faciles à « céder » ?

Ce sujet de la transmission est, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer, un volet essentiel de la vie de l’entreprise et auquel je consacre beaucoup de temps.

Les TTPE sont difficilement valorisables car elle pâtissent d’une trop forte implication du gérant dans l’opérationnel .

Si, aux côtés du gérant, cohabite une ou un collaborateur historique dont l’ancienneté peut générer un impact non négligeable
dans l’évaluation du rachat, il faut redoubler de vigilance.

Une solution néanmoins existe et se résume en 2 mots : ANTICIPATION et ACCOMPAGNEMENT

IL faut se mettre au plus vite en recherche d’un repreneur (pas stupide de débuter les recherches entre 3 et 5 ans avant la date de départ souhaitée), c’est l’anticipation.

Il faut ensuite impérativement proposer au repreneur d’accompagner la reprise en restant au sein de l’entreprise pendant une durée minimale de 24 mois.

De manière à assurer une transition indolore avec la clientèle, valeur essentielle dans la reprise, et lien avec le ou les collaborateurs en place

En résumé, au lieu de se dire : je pars à la retraite à 65 ans et je vais vendre au plus vite.

Autour des 60 ans, je me mets en quête d’un repreneur à qui je propose une vente finale vers 65 ans avec accompagnement durant les derniers 24 mois.

En conclusion, si certains dirigeants de TTPE se sentaient un peu « hors course » jusqu’à ce jour, j’espère que cet article a pu les conforter sur a minima deux points : ils sont vraiment majoritaires et avec de l’anticipation, leur incomparable expertise peut se valoriser au mieux.

Toujours à votre écoute

Jean Luc DUFRENNE





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